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Surmonter les troubles bipolaires

Relativement répandus et pourtant méconnus du grand public, les troubles bipolaires effraient, notamment à cause du comportement apparemment incontrôlable du patient. La maladie évolue par cycles : pendant quelques jours ou quelques semaines, le patient souffre des symptômes de la dépression. Il n'a envie de rien, dort tout le temps, démissionne complètement face aux tâches quotidiennes, a une libido en berne… Quelque temps plus tard, il devient au contraire hyperactif, déborde de projets, dépense sans compter, est totalement désinhibé, commet tous les excès. L'ennui, c'est que ces phases dites maniaques sont souvent vécues par le malade comme des moments positifs car il se sent supérieur et tout-puissant. D'où la difficulté de diagnostiquer la maladie puisqu'il n'évoquera pas ces épisodes devant le médecin.

» Le premier élément pour mieux vivre avec sa maladie consiste donc à établir le diagnostic avec un médecin. On estime qu'entre 1 % et 2 % de la population souffrirait de troubles bipolaires. Mais beaucoup s'ignorent et tombent dans l'errance diagnostique pendant plusieurs années. Les malades consultent essentiellement pendant les phases dépressives et sont donc soignés pour dépression. Or il ne s'agit pas du tout de la même maladie : les troubles bipolaires sont provoqués par des dérèglements chimiques dans le cerveau différents. Les antidépresseurs sont alors inefficaces. Au contraire, cela risque d'aggraver les symptômes de sa phase maniaque.

» Une fois le diagnostic posé, il faut réussir à l'accepter. C'est d'autant moins facile que les maladies de l'humeur sont encore taboues et font parfois honte, à tort bien sûr. Il est essentiel, à cette étape, de se renseigner sur sa maladie, sur la façon dont elle agit sur le cerveau, pour l'apprivoiser. Comprendre pourquoi on réagit excessivement ou pourquoi on sombre permet de relativiser et de déculpabiliser.
Avec le temps, le malade apprend également à reconnaître les symptômes annonciateurs d'une crise, maniaque ou dépressive. Il identifiera aussi les situations qui peuvent potentiellement déclencher un de ces accès et pourra ainsi les éviter ou les limiter. Les réunions professionnelles où l'on brasse les projets, les fiestas survoltées sont globalement à proscrire ou à consommer à faible dose.


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La prise régulière et à vie des médicaments prescrits par le médecin est indispensable. Il s'agit souvent de médicaments à base de lithium. Ce sel minéral a la propriété de stabiliser l'humeur rapidement. Quelques traitements apparentés existent également. Dans la grande majorité, ces médicaments s'avèrent efficaces. Mais pour ça, ils doivent être pris quotidiennement, quelles que soient les circonstances. Beaucoup de malades, une fois qu'ils se sentent mieux, sont tentés de les abandonner, notamment en raison de possibles effets secondaires (altération de la vigilance, diminution de la rapidité des réflexes…). Pour l'instant, on ne sait pas guérir les troubles bipolaires et seuls les médicaments peuvent permettre d'avoir une vie "normale". Il est fortement recommandé d'associer ce traitement médicamenteux à une psychothérapie.

» Avoir une bonne hygiène de vie est indispensable pour faire régresser l'apparition des symptômes et le déclenchement des crises. Il est notamment très important d'avoir un sommeil réparateur, avec des heures de coucher régulières et au moins sept heures de sommeil par nuit. Eviter grasses matinées et nuit blanche également… Si certains connaissent des problèmes d'endormissement, faire un peu de sport dans la journée (mais pas le soir) est conseillé. L'alcool à haute dose est particulièrement dangereux chez les personnes bipolaires. On note d'ailleurs une prévalence beaucoup plus forte de l'alcoolisme chez les bipolaires que dans l'ensemble de la population. Mieux vaut donc s'en tenir éloigné autant que possible. Même chose pour tous les types de drogues. L'idéal est d'avoir une vie la plus "réglée" possible.

» Au-delà du soutien psychologique des professionnels, l'aide des proches s'avère souvent primordiale. Ils ont un rôle clé et très difficile à tenir. Ils sont souvent en première ligne lorsque les crises se déclenchent : c'est à eux de soutenir le malade dans sa phase dépressive, de le gérer dans sa phase maniaque, où lui-même peut alors apparaître comme un boulet, incapable de suivre le rythme. Le proche est également le premier à subir les conséquences des excès du malade, notamment au plan financier. Il n'est donc pas rare que la situation dégénère en conflit, voire en rupture, amicale ou affective. Pourtant, si les deux partis prennent le temps de discuter calmement de la maladie, d'un " contrat " qu'ils peuvent passer, les proches sont alors de véritables béquilles, qui aident à mener une vie harmonieuse. Ils "rattrapent" les excès, aident à ne pas sombrer. Ils doivent être partie intégrante du parcours de soins et rencontrer eux aussi le médecin et le personnel médical qui soignent le patient.

» Comme beaucoup de maladies chroniques, les troubles bipolaires ont tendance à isoler. Renouer des contacts au sein d'associations de malades représente un double intérêt : socialiser à nouveau et rencontrer des personnes dans la même situation. Il peut ainsi être plus facile de discuter des différents aspects de sa maladie, voire d'obtenir des conseils.

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