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Les Secrets de l'attraction

Les maltraitances psychologiques à l'égard des enfants


Introduction
Ajoutons que la plupart des personnes ayant été victimes de maltraitance psychologique et n'ayant vécu aucune sorte de sévices physiques ou sexuels éprouvent des difficultés à reconnaître que leurs droits humains ont été bafoués, et qu'après coup elles souffrent en conséquence. Malgré leur souffrance, elles manquent de confiance en elles et se culpabilisent d'avoir été l'objet d'abus émotionnels. Notons qu'au regard de la généralisation médiatique, voire de la banalisation, de la violence et des formes de plus en plus extrêmes qu'elle recouvre dans nos sociétés dites évoluées, la maltraitance psychologique pourrait apparaître comme dérisoire ou secondaire. Et pourtant, combien de dépressions, de suicides, de toxicomanies, d'aliénations mentales, de phobies, de troubles relationnels, de perturbations personnelles et de psychoses sont implicitement ou directement les conséquences de ces violations émotionnelles et de ces injustices. Certains abus émotionnels tels que le harcèlement moral sur le lieu de travail ou des humiliations répétées durant l'enfance détruisent des vies et anéantissent des personnes autant que les abus physiques et sexuels. L'impact à moyen et à long terme des maltraitances psychologiques sur les enfants semble mieux identifié par les cliniciens et les thérapeutes. Cependant, si nous comprenons la destructivité des abus émotionnels, il importe d'en maîtriser les effets par des moyens d'évaluation précoce, de prévention et de traitement efficaces et adaptés.

Aux Etats-Unis, seulement 4% de toutes les situations de maltraitance envers les enfants sont rapportées comme des abus émotionnels (Roméo, 2000). Alors que les abus physiques et sexuels sont reconnus par les systèmes médico-légaux et judiciaires, il semble plus difficile d'identifier et d'objectiver de manière aussi spécifique les maltraitances psychologiques et leurs conséquences sur les enfants. Il faut le déplorer, d'autant que tous les cas d'abus physiques ou sexuels comportent une composante émotionnelle connexe dont l'impact persiste au-delà des blessures physiques objectives et à long terme (Hamarman et Ludwig, 2000). En outre, les enfants peuvent souffrir sur le plan émotionnel en l'absence d'agression physique ou sexuelle. La maltraitance psychologique perturbe les processus d'attachement et le développement affectif dès le plus jeune âge (Pearl, 1994). La violence psychologique peut aussi empêcher les enfants de développer des réponses émotionnelles appropriées et engendrer des difficultés émotionnelles au cours de leur existence (Kent et Waller, 1998).Les quelques difficultés à mieux reconnaître les signes spécifiques de la maltraitance psychologique sont surtout liées au manque de consensus au niveau des définitions et des recommandations cliniques. Ainsi par exemple, alors que le manuel du DSM-IV propose des critères diagnostiques sur les problèmes relationnels parents-enfants (V61.20), la maltraitance physique (V61.21), l'abus sexuel (V61.21) et la négligence envers les enfants (V61.21), il n'existe aucun diagnostic concernant les composantes émotionnelles de la maltraitance (American Psychiatric Association, 1994). Dans le même ordre d'idée, ni la très sérieuse American Psychiatry Association, ni l'American Academy of Child and Adolescent Psychiatry n'ont proposé dans leurs publications des paramètres significatifs de la maltraitance psychologique à l'égard des enfants. Influencée par les paradigmes systémiques, la psychologie clinique s'interroge plutôt sur les concepts d'environnement familial aliénant, de relations toxiques ou d'emprise, de transactions émotionnelles perturbées ou chaotiques et de troubles émotionnels de la parentalité.Dès lors qu'un même problème est considéré comme une mauvaise conduite parentale par certains et comme un abus par d'autres, l'intangible nature du traumatisme émotionnel esquive l'expertise médico-légale et les interventions médicopsychosociales et/ou judiciaires (Hamarman, 2000). Au niveau de la protection de l'enfance, les directives officielles dans ce champ sont peu établies, laissant la place aux interprétations individuelles. Aux Etats-Unis, lorsqu'elles existent, les définitions varient d'un état à l'autre. Le programme de prévention et de traitement de l'enfance maltraitée (Act 42) propose une vague définition des mauvais traitements psychologiques concernant des manquements dans les attitudes de soins ou des incidents extrêmes touchant des enfants non désirés, mal aimés, rejetés, en danger et dont les besoins ne sont pas respectés. Dans certains états (Missouri par exemple), la maltraitance psychologique est définie de manière plus distincte et la prise en charge est plus spécifique. Selon les situations rencontrées et la gravité de la maltraitance, une investigation judiciaire formelle est demandée par les services sociaux de protection de l'enfance et/ou une intervention sociale auprès de la famille est mise en place .
Définir les différents types de maltraitance psychologique afin d'en retirer une nosographie diagnostique ne suffit pas, encore faut-il appréhender les caractéristiques des agresseurs et la nature des transactions humaines qui sous-tendent ce type d'attitudes abusives.

Les mots empoisonnés ou désaffectisés, le manque d'amour, le rejet, les pressions émotionnelles, le harcèlement moral, l'exploitation psychique, l'humiliation, la cruauté mentale, les exigences démesurées, l'ambivalence des sentiments, les punitions excessives, etc. représentent autant de transactions ou d'attitudes spécifiques de la maltraitance psychologique, significatives de troubles relationnels plus ou moins pathologiques.

Forme particulièrement aliénante et insidieuse de mauvais traitement, la maltraitance psychologique apparaît dans toutes les formes de sévices infligés aux enfants et dans tous types de milieux socioculturels (familles, institutions, sectes, groupes humains, écoles, etc.). Très tortueuse, nébuleuse et parfois sophistiquée jusqu'à l'aliénation mentale, elle connaît des développements psychopathologiques désastreux pour les jeunes victimes. Elle sous-tend des relations où l'enfant est pris en otage et chosifié comme un objet au service de celui qui l'utilise pour compenser des frustrations, des complexes ou des traumatismes infantiles refoulés. L'enfant devient ainsi lieu de projection de sentiments d'hostilité, de rancoeur et de divers ressentiments dont il ne saisit pas le sens. Il se perçoit comme mauvais et coupable de ne pas être aimé. Il assimile rapidement cet état de fait et ne survit qu'au prix d'un sacrifice émotionnel important et destructeur.

Aujourd'hui, bien qu'il existe peu de publications sur ce thème, la maltraitance psychologique fait l'objet de quelques études principalement anglo-saxonnes (Garbarino, 1986; Pearl, 1994; Hamarman et Ludwig, 2000). Ces spécialistes évoquent le concept d'un « emotional abuse in children » afin d'établir une distinction conceptuelle et diagnostique entre négligences graves, carences, manquements éducatifs et sévices d'ordre psychologique. C'est donc tout en nuance qu'il faut établir les critères qui définissent la maltraitance psychologique.

Définitions
A la différence de la maltraitance physique ou l'agression sexuelle, les sévices psychologiques envers les enfants sont plus difficiles à cerner et à définir. La maltraitance psychologique recouvre différents concepts. Elle comprend diverses formes d'injustice psychologiques et affectives infligées aux enfants. Elle coïncide avec diverses attitudes délibérées des adultes (des parents ou des éducateurs) qui entravent le développement psychoaffectif, intellectuel et relationnel de l'enfant.

La maltraitance psychologique ou émotionnelle peut se définir comme toute attitude intentionnelle durablement hostile ou rejetante envers un enfant. En l'absence de lésions ou de séquelles objectives, cette forme spécifique de maltraitance est plus difficile à diagnostiquer. Les troubles présentés par l'enfant ne sont pas toujours cliniquement significatifs et se retrouvent dans d'autres tableaux psychopathologiques. L'inhibition psychoaffective, l'anxiété dépressive, l'idéation suicidaire, les sentiments d'infériorité, les problèmes de comportements, l'agressivité et les retards pédagogiques inexpliqués sont autant de troubles interférant avec la structuration de la personnalité, l'individuation et la socialisation de l'enfant.

Pour être efficace, une définition doit être rendue opérationnelle et au service d'une élaboration diagnostique rigoureuse et d'une intervention adaptée. Certains chercheurs ont ainsi établi une hiérarchisation des différentes catégories de maltraitance psychologique. Servant de point d'appui référentiel au diagnostic et d'instrument d'évaluation, les définitions opérationnelles suivantes sont proposées par Garbarino et al. (1986) et amendées par Pearl (1994) :

Rejeter. L'adulte refuse d'accorder de l'importance, de la valeur et de l'attention à l'enfant et ne lui reconnaît aucune légitimité à travers ses besoins et ses désirs. Ces attitudes rejetantes incluent l'absence de démonstration d'affection ou de considération pour la personne de l'enfant considéré comme un échec ou un défaut, et le refus de le reconnaître pour lui-même comme un être en devenir.

Isoler. L'adulte coupe l'enfant de l'extérieur, l'empêche d'avoir des expériences sociales, de nouer des relations d'amitié avec ses pairs et lui fait croire qu'il est seul au monde. Ces attitudes d'isolation comprennent aussi des interdictions de contacts sociaux avec des camarades, de participer aux activités normales de la famille et l'enfermement à clef de l'enfant dans sa chambre, une pièce, un grenier ou une cave.

Terroriser. L'adulte agresse l'enfant verbalement, entretient un climat de terreur autour de lui, l'intimide ou lui fait peur. Tout en nourrissant les angoisses de l'enfant, il lui fait croire que le monde est dangereux et hostile. Les attitudes de terrorisme incluent aussi les menaces au moyen d'armes, de couteaux ou de fouets. L'enfant peut être le témoin de terrorisme domestique (disputes conjugales par exemple) et en souffrir indirectement, mais dans notre modèle de maltraitance émotionnelle, les actes terroristes visent directement la personne de l'enfant. L'enfant peut aussi être l'enjeu de violences domestiques dont il est témoin privilégié, voire le déclencheur. Il est entendu que le fait d'être directement victime d'actes terroristes engendre chez l'enfant autant de détresse émotionnelle, de perturbations psychologiques et influence autant son développement psychoaffectif, que lorsqu'il est témoin d'un meurtre, d'une catastrophe ou de tout autre événement traumatique. Mais suivant nos définitions, ces événements traumatiques externes ne peuvent être considérés comme de la maltraitance psychologique au sens premier, même s'ils affectent en profondeur la structure de la personnalité de l'enfant. Cette distinction doit également être opérante notamment dans les situations juridiques de dispute parentale autour de l'exercice du droit de garde où l'enfant est pris en otage et subit des pressions psychologiques importantes ou du chantage affectif.

Ignorer. L'adulte prive l'enfant de toutes stimulations et de toutes réponses essentielles et nécessaires à son épanouissement émotionnel et à son développement intellectuel. L'adulte évite d'assumer ses responsabilités envers l'enfant et le prive de références fondamentales à son développement personnel. En ignorant ses besoins fondamentaux de stimulation et de reconnaissance, l'adulte empêche l'enfant de s'affirmer et de s'individuer. Ces attitudes intentionnelles incluent l'ignorance du nom de l'enfant, l'absence d'affection et l'indifférence flagrante.

Corrompre. L'adulte empêche l'enfant de devenir sociable, l'entraîne à des comportements antisociaux et destructeurs, renforce des attitudes déviantes et le confronte à des expériences marginales inadéquates. Ces attitudes corrompues et malhonnêtes encouragent l'enfant à commettre des actes délictueux et le conditionnent à acquérir des conduites antisociales. La corruption psychologique de l'enfant peut inclure l'apprentissage de conduites sexuelles déviantes, l'exploitation des autres, les trafics, toutes les activités hors la loi. La psychopathie de l'adulte déteint rapidement sur l'enfant. Il en perd ses repères sociaux et ne respecte plus les limites. Les valeurs sont inversées. Le mal est bien et le bien devient mal.

Agresser verbalement. L'adulte blesse l'enfant constamment en l'insultant, se montre d'une extrême sévérité, en le traitant avec toutes sortes de sobriquets ou surnoms dégradants et humiliants, en lui tenant des propos sarcastiques, en le rabaissant et en agressant son amour-propre. Les attitudes d'agression verbale contiennent des propos intentionnels précis visant l'intégrité de la personne de l'enfant, son apparence physique et dénigrant son existence. L'adulte répète à l'enfant qu'il ne vaut rien, qu'il est mauvais, qu'il sent mauvais, qu'il est laid, ridicule, petit, bon à rien et repoussant, etc.

Opprimer. L'adulte impose à l'enfant des prérogatives exigeantes et démesurées. Il fait pression sur l'enfant pour qu'il réussisse mieux et plus rapidement que les autres au niveau de ses études, ou qu'il devienne le meilleur sportif de sa classe, qu'il soit parfait, le plus beau, le plus fort et le plus intelligent. L'oppression continue laisse croire à l'enfant qu'il n'est jamais à la hauteur et qu'il peut toujours mieux faire. La mise sous pression permanente de l'enfant comprend des attentes excessives, précoces et incompatibles avec son âge et son niveau de développement. Ces attitudes oppressives s'accompagnent de punitions exagérées et injustifiées, de remarques et critiques insupportables, et surtout de comparaisons désobligeantes avec ceux qui sont plus performants ou plus doués que lui.

Intentionnalité et nuisibilité de la maltraitance psychologique
L'évaluation de la maltraitance psychologique prend en considération le degré de sévérité des attitudes constatées. Il existe une gradation dans la sévérité des attitudes maltraitantes ou coercitives. Cette sévérité repose principalement sur une combinaison graduée d'intentionnalité et de nuisibilité (Hamarman, 2000). D'un point de vue criminologique, une action commise avec l'intention de nuire à une personne et dont les conséquences sont désastreuses correspond à une agression émotionnelle sévère. Par contre, une attitude coercitive non intentionnelle avec une légère probabilité de vouloir faire du mal à une personne est considérée comme ayant un degré faible de sévérité. Les situations qui se situent entre l'intention de faire du mal et une faible probabilité d'atteindre gravement la personne sont considérées comme de gravité modérée. Autant certains cas d'abus émotionnels sont commis sans intentionnalité explicite, autant ceux pratiqués avec l'intention de nuire peuvent être considérés comme plus graves.

L'évaluation doit néanmoins rechercher des attitudes récurrentes qui démontrent que l'abus à été commis avec malice ou intentionnalité contre l'enfant. Une attitude maltraitante même ponctuelle doit être située dans son contexte. L'intentionnalité et la volonté de nuire sont évaluées comme une dynamique relationnelle particulière. Outre l'évaluation de la sévérité de la maltraitance psychologique, les conséquences pour l'enfant, la personnalité des parents et la dynamique familiale doivent aussi faire l'objet d'une analyse circonspecte et rigoureuse. La qualification d'une action maltraitante selon son degré de gravité n'est donc pas une opération facile et relève autant de la responsabilité des experts de la santé mentale que des professionnels de la protection de l'enfance. Suivant notre schéma d'évaluation et d'intervention, les cas d'abus les moins sévères sont orientés vers une guidance de type thérapeutique et/ou éducatif, et les situations les plus graves requièrent plutôt une action judiciaire et/ou médico-légale.

Evaluation du degré de sévérité des abus émotionnels

Dans une situation de suspicion de maltraitance psychologique, l'intervenant doit se préoccuper de relever des indicateurs pertinents d'agression émotionnelle et faire une choix diagnostique rigoureux.

Absence d'agression émotionnelle

Il n'existe pas d'éléments vérifiant la maltraitance psychologique et prouvant une quelconque agression émotionnelle envers l'enfant. L'évaluation n'est pas aisée d'autant que certaines attitudes éducatives parentales peuvent se prêter à quelques spéculations. Certaines punitions, interdictions ou privations peuvent apparaître comme sévères et ressembler à des conduites abusives. Une observation vigilante et continue de l'ensemble des interactions entre les parents et l'enfant permet de clarifier la situation (Brassard et al., 1993). Le relevé de facteurs de risque dans les antécédents et l'évaluation de l'ambiance familiale peuvent servir de critères déterminant concernant les transactions abusives suspectées.

Abus émotionnel de faible gravité

L'abus émotionnel de faible gravité correspond à un problème de parentalité plutôt qu'à des attitudes volontairement coercitives impliquant des atteintes émotionnelles chez l'enfant. Le risque de danger pour l'enfant est dérisoire. S'il n'y a pas lieu de faire un signalement aux autorités judiciaires, une consultation thérapeutique s'avère nécessaire pour mise au point. Dans ces situations, il s'agit souvent de pressions éducatives liées à la scolarité et exercées par des parents bienveillants qui ne cherchent pas à nuire à l'enfant et qui sont en demande de soutien dans l'exercice, parfois difficile, de la parentalité. Les attitudes parentales et les non réponses de l'enfant révèlent souvent des problèmes de communication interne. Quelques séances de thérapie familiale suffisent à guider les conduites éducatives, à restaurer un meilleur climat et une meilleure entente entre les membres de la famille. Les exemples les plus fréquents sont rapportés par les élèves qui ont des parents enseignants. Ils souffrent des intransigeances, voire de l'agressivité, de parents qui confondent leur rôle familial avec leur statut professionnel. Certains enfants passent des heures entières enfermés dans leur chambre à étudier et à faire des devoirs jusqu'à être privé de loisirs et de contacts avec leurs pairs. Les pressions éducatives sur l'enfant sont parfois influencées par un contexte socioculturel particulier : famille intégriste, milieu sectaire, Témoins de Jéhovah, famille militaire, parents psychologues, etc.

Abus émotionnel de gravité modérée

L'abus émotionnel de gravité modérée est caractérisé par l'intention de nuire ou de blesser affectivement l'enfant sans le vouloir, sans toutefois relier les deux attitudes. Parce que ces actions abusives ne sont pas bénignes et clairement dommageables pour l'enfant, elles doivent faire l'objet d'une information judiciaire préventive. L'intervention des services de protection judiciaire de l'enfance peut servir de soutien à une mesure de guidance éducative et thérapeutique. L'exemple le plus courant se retrouve dans les situations de séparation parentale où la mère dénigrant le père de manière systématique en présence de l'enfant. Ce dernier développe des troubles relationnels spécifiques en relation avec certains adultes et font suspecter l'entourage maternel qu'il est probablement l'objet de sévices (sexuels) de la part de son père.

Abus émotionnel sévère

L'abus émotionnel sévère est caractérisé par des actions qui infligent intentionnellement à l'enfant des blessures émotionnelles. Bien que l'adulte soit informé que ces actions peuvent engendrer de la détresse psychique chez l'enfant, il persiste dans ses attitudes. L'adulte n'est pas capable d'en prendre conscience bien souvent parce qu'il souffre lui-même de perturbations plus ou moins psychopathologiques. Il est dès lors incapable de contrôler ses conduites abusives envers l'enfant. Dans ce cas, l'intentionnalité, voire la responsabilité, des actions sont moins clairement établies étant donné l'état psychique de l'adulte. Néanmoins, la souffrance émotionnelle de l'enfant est proportionnelle aux attitudes psychiquement abusives et destructrices. Les antécédents psychiatriques des parents, les perturbations familiales répétées, les traumatismes personnels des parents et l'instabilité de l'histoire de l'enfant sont des indicateurs importants pouvant clarifier la situation. Certaines familles paranoïaques à transactions psychotiques fonctionnent parfois sur ce modèle d'abus émotionnel systématique. Le psychisme pathologique d'un parent peut enfermer l'enfant dans un fonctionnement psychogène qui va grever son développement. La dangerosité de cette situation particulièrement aliénante, exige l'intervention du système judiciaire. A défaut d'une intervention thérapeutique et sociale efficace auprès de la famille, l'éloignement de l'enfant de son milieu avec maintenance des contacts familiaux peut être envisagée. L'enfant nécessite souvent une intervention thérapeutique individuelle. C'est l'exemple de la petite fille souffrant du rejet de sa mère dépressive qui ne l'a pas désirée et qui lui reproche de lui avoir gâché l'existence; l'enfant montre peu ses affects et n'entretient guère de contacts avec les autres; mais lors d'un jeu, elle explique après avoir tué sa poupée que tout irait mieux si elle n'était pas née.

Les conséquences sur l'enfant

Bien que plus sophistiquées, les conséquences de la maltraitance psychologique sont analogues à celles observées dans les autres types de maltraitance. Face à de tels sévices, l'enfant en ressort rarement indemne. L'impact dépend toutefois de l'intensité du traumatisme vécu, des réactions de l'entourage social et des ressources personnelles de l'enfant. Dans les cas de crise grave, l'enfant peut développer toute une série de plaintes somatiques : insomnie, céphalées, nausées, douleurs abdominales, etc. Dans les situations chroniques, des troubles psychopathologiques apparaissent : anxiété dépressive, phobies, rites obsessionnels, cauchemars, peurs, repli sur soi, etc. Cette symptomatologie est alors significative des attitudes néfastes des parents et du dysfonctionnement des transactions familiales. D'un point de vue systémique, l'enfant est le vecteur de la pathologie familiale dont il est l'enjeu. Avec des sentiments de résignation masochiste ou par habitude, l'enfant occupe une place de patient désigné ou joue le rôle de bous émissaire. Son stress émotionnel est important mais il va tenter de camoufler la réalité de son vécu.

Lorsque la situation est dévoilée, il a peur des réactions de ses parents et adopte des attitudes de soumission et de fuite. Il va tenter de protéger ses parents et convaincre ses interlocuteurs qu'il est seul responsable de ces problèmes. Malgré sa souffrance, il demande parfois à réintégrer rapidement son domicile.

Aujourd'hui, la maltraitance psychologique (« emotional abuse ») est encore trop sous-estimée, voire ignorée, y compris par les intervenants qui prennent en charge les problèmes relatifs aux enfants et à la famille, et ceux qui se préoccupent des droits fondamentaux des enfants. En relation avec leurs formations et leur sensibilité, ces professionnels ne reçoivent pas toujours une information spécifique et consistante sur cette problématique et la considèrent comme moins sérieuse et moins dommageable envers les enfants que les autres formes d'abus.

Les indicateurs d'abus émotionnels
Les indicateurs symptomatiques d'abus émotionnels sont beaucoup plus difficiles à identifier que ceux observés dans les situations de maltraitance physiques, les abus sexuels ou les négligences. Ces maltraitances engendrent des troubles caractéristiques plus visibles alors que les abus émotionnels laissent des traces parfois indélébiles qui se manifestent de manière très divergeante et fluctuante. S'il existe des points communs avec les autres formes de maltraitance, qui incluent toutes une part d'abus émotionnel, les symptômes associés à des abus émotionnels répétés sur le fonctionnement psychologique de l'enfant ne s'inscrivent pas suivant les mêmes schémas psychodynamiques et comportementaux. La maltraitance psychologique affecte l'enfant de manière plus subtile et atteint tout en profondeur et en nuance son organisation psychique. Néanmoins, un observateur avisé peut détecter quelques indicateurs significatifs chez un enfant psychiquement perturbé présentant une faible estime de lui ou un manque de confiance en lui, par exemples. Son image personnelle est souvent délabrée, ses défenses psychologiques en mauvais état et son comportement particulier.

C'est en observant les attitudes et les conduites de l'enfant qu'un intervenant peut relever quelques indicateurs plus ou moins pertinents. Tel enfant confronté à de la maltraitance psychologique adoptera des réponses passives, un autre aura plutôt tendance à montrer de l'agressivité (Roméo, 2000). Ces effets peuvent s'aggraver à l'adolescence et rester actifs jusque l'âge adulte.

Les principaux symptômes liés aux abus émotionnels chez l'enfant développant des réactions passives :

  • difficulté de construire et d'établir des relations sociales;
  • inapte à nouer des liens avec les autres enfants;
  • manque de confiance en soi et absence d'émotions;
  • timidité maladive;
  • victimisé et exploité par les autres enfants;
  • fatigué et apathique;
  • amorphe et désespéré;
  • sentiments d'infériorité;
  • pessimiste et préoccupé;
  • difficultés de concentration pendant les activités scolaires et baisse du rendement intellectuel;
  • auto-dévalorisation et dénigrement de soi;
  • incapacité à éprouver du plaisir ou à s'engager dans des activités ludiques;
  • auto-mutilations, cheveux arrachés, tricotilomanie, ronge ses ongles, mordille ses doigts, enclin aux accidents;
  • manque d'amour propre et perte de l'estime de soi, au point de se faire des remarques telles que : « je suis stupide », « je suis mauvais », « je suis laid et gros! », etc.

Les indicateurs comportementaux d'abus émotionnels chez l'enfant répondant par de l'agressivité :

  • brutalise et agresse les autres;
  • intimidation et terrorisme;
  • provocations et défiance;
  • ridiculise les autres enfants;
  • cruel envers les autres enfants et les animaux;
  • détruire le bien d'autrui et mettre le feu;
  • reproduit des actes délictueux, rackette et traîne le soir;
  • rentre chez lui à contre coeur;
  • susceptible, soucieux, sur le qui-vive, méfiant et hyperactif, etc.

La dynamique des symptômes à l'adolescence :

L'enfant victime de mauvais traitements psychologiques et qui n'a bénéficié d'aucune intervention protectionnelle et d'aucun soutien thérapeutique affronte la période de l'adolescence avec un manque extrême d'estime de soi et une image dégradée de sa personne. Dès lors que les parents continuent leurs agissements pendant cette période, l'enfant reste bloqué dans son épanouissement personnel et connaît de nombreux problèmes que sa famille ne tarde pas à reporter sur la crise d'adolescence. S'il a été bafoué émotionnellement depuis l'enfance, cette situation consolide davantage ses conduites autopunitives et destructrices à l'adolescence. Toutes ses décisions sont alors conditionnées par l'influence chronique de la maltraitance psychologique. L'adolescent s'engage dans des relations abusives avec les autres et s'intéresse de plus en plus aux activités illicites telles que la consommation de drogue, l'alcool, la prostitution, les fugues, et les actes délictueux ou criminels. Cette maintenance ou résurgence de problèmes à l'adolescence sont ainsi directement symptomatiques d'abus émotionnels intra-familiaux subis au cours de l'enfance (parfois même pendant la prime enfance).

Les répercussions à l'âge adulte :

Les abus émotionnels laissent également des traces à l'âge adulte. De nombreuses victimes ayant subi des maltraitances psychologiques durant l'enfance sont souvent victimisées sur le plan émotionnel pendant leur vie d'adulte. Elles continuent à entretenir des relations abusives et font l'objet d'exploitation et d'abus par les autres. Leur mépris pour elles-mêmes les confirme dans ce rôle de victime « au service » des autres. Parmi ces victimes d'abus émotionnel durant l'enfance, certaines se transforment en adultes irascibles, hostiles et agressifs. Rongés par la rage et la haine, ces adultes perturbés transmettent à leurs propres enfants cette violence psychologique qu'ils ont subis de leurs parents. La maltraitance psychologique se transmet ainsi d'une génération à l'autre.

Un système familial abusif et aliénant
Un environnement familial abusif et aliénant altère chez l'enfant ses processus de développement tant au niveau de son image que de son amour propre. Dans ce contexte pathologique, l'enfant se sent mal aimé et non désiré, voire encombrant et désapprouvé jusque dans sa chair. Son identité, sa personnalité, son affectivité, sa pensée et sa filiation sont généralement compromises par des attitudes parentales particulièrement hostiles. L'enfant est dévalorisé en tant que membre de la famille. Le(s) parent(s) abusif(s) peu(en)t également encourager les autres à rejeter et à ridiculiser l'enfant désigné comme porteur de tous les maux. Ses repères sont alors brouillés et son degré d'appartenance au groupe familial réduit à néant. Il doit continuellement mendier de la reconnaissance et négocier sa place au sein du groupe familial. L'ambiance émotionnelle est froide. Les parents ne démontrent aucune affection à l'égard de l'enfant et ne lui accordent ni attention, ni soutien. Privé de toute nourriture affective, l'enfant dépérit et son développement reste bloqué. L'abus émotionnel n'est pas un événement isolé mais correspond à une série d'attitudes systématiques qui le diminuent. Ce sont les conduites abusives répétées et continues qui réduisent l'enfant et lui font penser qu'il ne vaut rien, au point de croire qu'il ne mérite pas d'être respecté, ni même d'être pris en considération, et encore moins de recevoir de l'amitié, de l'amour et de l'affection (Romeo, 2000).

Les principales transactions parentales psychologiquement abusives correspondent à :

  • des attentes irréelles et démesurées concernant le comportement de l'enfant (dans les domaines scolaires, sportifs, culturels, intellectuels, scientifiques, artistiques, etc);
  • des qualifications erronées et/ou déplacées (stupide, affreux, mauvais, fou, bête, pourri, etc.);
  • des humiliations répétées en présence des autres (enseignants, pairs, amis, voisins, proches, etc.);
  • des perceptions déformées et/ou délirantes (inversion des rôles, relations perverses, persécution, méfiance, suspicion, etc.)
Indépendamment de leur environnement familial, tous les enfants investissent et aiment leurs parents, et se plaignent rarement de mauvais traitements émotionnels de leur part. Les enfants abusés manquent souvent de recul et ne sont pas confrontés à une autre réalité existentielle que celle de leur famille. Ils ne possèdent pas les habiletés nécessaires pour reconnaître les attaques que leurs parents infligent à leur amour propre. Ils peuvent aussi penser que c'est la vie normale. Parce qu'ils se perçoivent comme mauvais, ces enfants pensent que leurs parents ont raison et acceptent leurs attitudes. Conditionnés par ces mécanismes d'aliénation systémiques, les enfants émotionnellement maltraités perdent l'estime d'eux et se construisent une image négative qu'ils vont cultiver tout au long de leur existence.Des comportements cruels et des transactions sadiquesEn continuum avec d'autres formes de sévices tels que les brimades, les punitions corporelles ou les négligences affectives, la cruauté mentale est probablement la plus extrême et apparaît comme une aberration dans les relations enfants-adultes. Ces attitudes délibérées consistent à ne pas reconnaître l'existence de l'enfant pour lui-même, à le dénigrer de manière systématique, à lui reprocher de vivre et d'être un fardeau. Ne jamais soutenir les efforts de l'enfant, ne jamais l'encourager lorsqu'il éprouve des difficultés, l'insulter, le terroriser, le menacer, l'exclure, l'isoler, l'enfermer, l'immobiliser pendant de long moments, le punir de manière absurde, lui faire subir un climat d'insécurité continu, le priver de contacts sociaux, le rendre responsable des problèmes familiaux, le ridiculiser au regard des autres membres de la famille, sont autant d'actes cruels qui réduisent l'enfant à l'état de bouc émissaire. L'enfant est ainsi sacrifié au risque de sa propre santé. Cette dialectique relationnelle pathologique implique que ceux qui font de l'enfant l'objet de leur sadisme et de leur hostilité en retirent une certaine jouissance. Face à une telle agression émotionnelle de sa personne, sa survie psychique va dépendre autant de ses capacités de reliance que de son niveau de résilience. A ce degré d'agression émotionnelle, l'enfant doit compter sur les réactions du corps social pour s'en sortir.L'influence du discours abusif sur la fonction infantileLes discours abusifs qui accompagnent les maltraitances psychologiques constitutent un contexte existentiel particulier qui va entretenir l'isolement social de la famille et conditionner l'enfant. Comparable à une institution totalitaire, la famille abusive fonctionne suivant des principes rigides où l'individuation de l'enfant est impossible et inacceptable. Tout ce qui concerne l'enfant est contrôlé jusque dans ses jeux. Considérées comme dangereuses, la liberté d'expression et la créativité sont volontairement discréditées. Confronté à cette expérience particulièrement dénaturante et traumatisante, l'enfant est obligé de développer des mécanismes d'adaptation à la situation. Recevant sans cesse et exclusivement les mêmes messages, l'enfant reste enfermé dans l'univers que lui imposent ses parents. Le contenu traumatique de ces expériences finit par déteindre sur sa personnalité sous forme de sentiments d'infériorité, de faible estime de soi, d'angoisse, d'insécurité relationnelle, de frustration et d'inadéquation. La tristesse et l'anxiété dépressive conduisent certains enfants à se réfugier dans leur propre monde fantasmatique où ils s'imaginent être un super héros solitaire qui n'a besoin de personne. L'enfant qui se sent incompris et mal aimé, non seulement nourrit une mauvaise image de lui mais se construit une vision de l'existence menaçante. Les personnes les plus importantes à ses yeux sont perçues comme rejetantes et peu impliquées affectivement dans sa vie.Dans ces contextes familiaux, de nombreux cas de dépression infantile s'originent à partir de troubles de l'attachement, des discours abusifs et des mécanismes de survie. L'enfant dépense plus d'énergie à colmater sa souffrance et à s'accommoder, qu'à profiter pleinement de son entourage. Très dépendant de ses parents et « accroché » à l'affection des autres, il ressent une énorme souffrance qui fragilise ses possibilités relationnelles et l'isole encore plus. Il peut se retrouver dans des situations de risque en implorant l'attention affective d'un adulte un peu fragile et peu scrupuleux. Dans son contexte social habituel (crèche, école), il devient très exigeant, possessif et avide de contacts, parfois de nourriture. En testant maladroitement les réactions des autres, il recherche les contacts physiques, l'approbation, l'affection et les confrontations, au point de se montrer insupportable et de susciter à nouveau le rejet. Cette dépendance entraîne l'enfant dans un cercle vicieux qui l'amène à battre en retraite et à s'isoler. La souffrance liée à la déception et à ses difficultés relationnelles s'ajoute à ses mauvaises expériences familiales. Incapable de nouer des relations durables et agréables, il s'isole affectivement et masque ses émotions au risque de devenir apathique et superficiel.La destructivité des abus émotionnels et des discours abusifs chroniques conditionnent donc le fonctionnement psychique en renforçant les mécanismes de survie. Organisés comme la charpente narcissique du futur adulte, ces mécanismes adaptatifs s'installent au détriment de sa personnalité. Au risque qu'il devienne à son tour un abuseur, impulsif ou carençant.Des conduites éducative abérrantes comme modèlesSouvent héritées de modèles parentaux précédants, certaines conduites éducatives comprennent toute sortes de brimades, humiliations, exigences démesurées et punitions excessives parfois difficiles à expliquer et à comprendre. La violence psychologique et éducative peut correspondre chez certains parents à une volonté éperdue de bien faire et de perfectionnement, plaçant l'enfant sur un piédestal à double tranchant. L'enfant doit réussir là où ils ont échoué. Parce qu'ils n'ont pas eu de chance, ni une enfance heureuse, ils offrent à leur enfant un pont en or le menant à la réussite scolaire et professionnelle. Il doit faire des études universitaires ou devenir un grand sportif. Il n'a pas le choix et tous les moyens sont utilisés pour mettre la pression sur lui afin qu'il y parvienne.Assimilé psychiquement, comme phagocyté, l'enfant est captif du désir narcissique violent de ses parents. Il représente leur double narcissique qui doit réussir à leur place, les sauver ou réussir à les guérir de leurs propres blessures d'enfance, leurs frustrations et/ou de leur médiocrité existentielle actuelle. L'enfant en situation permanente de déséquilibre devient le challenge de ses parents qui attendent de lui abnégation, obéissance, perfection et réparation. Face à leur faiblesse et à leurs sentiments d'infériorité, l'enfant doit montrer des capacités et développer une invulnérabilité à toute épreuve. Dans la réalité, l'impuissance de l'enfant à remplir ce contrat de dupe renforce alors leur pouvoir de coercition psychologique. En situation d'échec, il va contribuer à nourrir les peurs infantiles de ses parents et à renforcer leurs exigences. L'enfant souffre ainsi de l'hostilité affective de ses parents qui par ailleurs se disent bien intentionnés.De telle attitudes ne respectent ni le rythme, ni le développement de l'enfant et enfreignent son épanouissement personnel jusqu'à l'anéantissement psychique absolu. A moyen et long terme, cette violence psychologique, qui prend appui sur des principes éducatifs intransigeants, peut mener à des cas extrêmes de conduites suicidaires, de dépression chronique ou de psychose réactionnelle avec délire de persécution.Peu détectables, parce que propices au huit clos familial, ces conduites sont particulièrement pernicieuses par leur impact sur la structuration de la personnalité. Cette violence psychologique atteint l'enfant au plus profond de lui, d'autant que ses parents agissent pour son bien. Décevant ainsi ses géniteurs, il en ressort coupable ou malade malgré lui.Le rôle des intervenants: De l'observation au soutienEn relation avec le degré de sévérité, d'intentionnalité et de nuisibilité, ces situations abusives doivent faire l'objet d'un traitement particulier tant sur le plan judiciaire que thérapeutique. Les professionnels qui encadrent les enfants et s'occupent de leur éducation et de leur santé devraient pouvoir reconnaître les signes correspondant aux différents types de maltraitance psychologique afin de les signaler aux équipes spécialisées et/ou aux autorités compétentes. Selon les formations dont ils bénéficient, les informations qu'ils reçoivent et leur sensibilité, ces intervenants reconnaissent plus facilement les indicateurs de sévices physiques, d'abus sexuels ou de négligence et semblent moins bien préparés à détecter ceux liés aux abus émotionnels. Même les spécialistes de l'enfance maltraitée et de la santé mentale sont moins sensibilisés à cette forme particulière de maltraitance. L'approche médicale s'est essentiellement focalisée sur les indicateurs objectifs de la négligence et des abus sexuels et/ou physiques (lésions visibles, fractures, MST, plaintes somatiques, troubles comportementaux, etc.), délaissant la symptomatologie aspécifique aux spéculateurs de tout bord. Tout aussi nuisible à l'épanouissement de l'enfant que les autres formes d'abus, la maltraitance psychologique provoque des troubles désastreux qui affectent à long terme la victime au cours de son existence. La maltraitance psychologique laisse cependant des traces moins perceptibles surtout chez les enfants qui réagissent de manière passive aux abus émotionnels. Plus incrustés sur le plan psychique, les symptômes sont souterrains, et donc plus difficiles à interpréter.Parmi les intervenants, les enseignants et les éducateurs sont en première ligne pour observer de manière continue les enfants. Observateurs privilégiés, ces professionnels sont donc plus susceptibles de remarquer des attitudes spécifiques chez un enfant victime d'abus émotionnel. Parce qu'il se trouve sous l'emprise de son abuseur, l'enfant victime a besoin d'un tiers qui puisse l'aider à verbaliser ses problèmes. Pour cette raison, les enseignants et les éducateurs peuvent jouer un rôle vital dans le processus d'identification des signes d'abus émotionnel et de dévoilement de la suspicion. Ils peuvent également orienter l'enfant et ses parents vers des services d'aide spécialisés (diagnostic et traitement adapté).Après évaluation de la situation par des spécialistes, l'intervention thérapeutique auprès de l'enfant peut restaurer ses fonctions d'estime de soi et de confiance. Suivant des capacités d'empathie et de considération, le rôle du thérapeute est de soutenir l'enfant à retrouver ses repères, à construire des relations de confiance avec les autres (adultes, parents ou pairs) et à réapprendre à vivre dans une ambiance où sa sécurité affective n'est plus compromise. L'enfant découvre aussi une autre d'image de lui même, plus positive, et parvient à se percevoir comme une personne respectable, digne d'intérêt et d'affection. Certains centres spécialisés propose différentes sessions thérapeutiques comprenant également la prise en charge des parents, des séances de thérapie familiale, individuelle, des groupes d'évolution émotionnelle pour enfants et adultes.Conclusion: De l'étayage clinique à la protectionLa gravité de certaines situations d'abus émotionnels amènent les autorités compétentes à éloigner provisoirement l'enfant de son milieu naturel et à le placer dans un foyer d'accueil. Cette décision ne se prend pas à la légère et exige différents niveaux d'analyse : diagnostic significatif, étude sociale, examen médico-psychologique de l'enfant, expertise psychiatrique des parents, indications de guidance et de thérapie, etc. Dans le cadre d'un placement, les premiers contacts avec les parents se déroulent sous la supervision d'un éducateur référent qui observe les transactions familiales. Parallèlement au maintien des contacts parents-enfant, un thérapeute familial les aide à prendre conscience de leurs difficultés communicationnelles et des troubles psychologiques de l'enfant engendrés par leurs attitudes abusives. Après avoir maltraité psychologiquement leur enfant, la plupart des parents ressentent beaucoup de culpabilité mais ne parviennent pas à l'exprimer. L'approche thérapeutique apprend aux parents à mieux gérer leurs émotions, leurs colères, leurs angoisses, leurs déceptions et leurs frustrations. Ils apprennent également à découvrir leur enfant sous un autre angle et à entretenir avec lui une relation d'empathie basée sur la reconnaissance, l'affection, la confiance, l'éthique et l'équité. Au cours de ces séances de thérapie familiale, ils conçoivent progressivement quelques changements dans leurs attitudes et élaborent de meilleures interactions avec l'enfant.La complexité et la fréquence des maltraitances psychologiques, ainsi que la destructivité psychique pour l'enfant justifient que les professionnels s'en préoccupent davantage, affinent leurs instruments d'évaluation et améliorent les prises en charge spécifiques. Ces situations sont aussi difficiles à analyser que des affaires criminelles impliquant des abus physiques ou de l'exploitation sexuelle sur mineurs. Une intervention thérapeutique (guidance, thérapie familiale, groupale et/ou individuelle) et/ou judiciaire (enquête, mesures, poursuites, sanctions) ne peut se justifier qu'à partir de constatations étayées.Malgré les nombreuses difficultés à reconnaître un cas d'abus émotionnel, il importe que les intervenants se concentrent sur plusieurs indicateurs cliniques telles que l'évaluation de la gravité des abus, leur impact sur l'enfant, l'analyse des facteurs de risque présents dans l'anamnèse familiale et leur récurrence, les aptitudes parentales, la personnalité des parents, les perturbations spécifiques de l'histoire de l'enfant, l'observation continue des transactions et de l'ambiance familiale.





10 commentaires:

  1. Excellent article, très bien articulé. Effectivement, si nos premières relations affectives ont été malsaines, il s'en suivra des séquelles jusqu'à l'âge adulte au niveau des relations interpersonnelles surtout si on n'a pas été diagnostiqué et traité en bas âge. Je suis totalement daccord avec les conséquences que vous avez énumérés: Anxiété dépressive, repli sur soi, insécurité relationnelle, troubles de l'attachement. Merci de mettre des mots justes sur ce que l'on ressent lorsqu'on a été maltraité.

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  2. J'ai compris quand mon mari n'allait pas bien du-tout,il a fait un délire, une phobie ,il en est mort victime de sa mère perverse narcissique ,petit elle l'enfermait dans la cave pour le punir ou encore elle le tenait en laisse pour sortir jusqu’à 5ans .Merci pour cet article ,il faudra former les gendarmes car ces gens ces pn sont de vrais criminels

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  3. Anonyme16:20

    Concernant les signes de maltraitances psychologiques ceux ci ressemble enormement aux symptomes de trouble du spectre autistique comment faites vous la difference? passez vous pas le CRA pour un eventuel diagnostic de TSA avant d'accuser des parents de maltraitances????

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  4. Anonyme22:38

    J arrive a un moment où je n'arrive plus à avancer... Je me suis rendue compte de toute la maltraitance que j'ai subie, physique, sexuelle... J'ai entrepris une thérapie depuis maintenant 11 ans. Je n'en pouvais plus, je ne me supportais plus, je ne supportais plus la vie, je voulais mourir pour ne plus avoir à souffrir autant. Malgré tous mes efforts pour m'en sortir, et tout ce que j'ai réussi à dépasser, il reste dans les profondeurs de 'ma mer', un vase que je n'arrive pas à nettoyer totalement... Et en lisant votre article, c'est comme si je comprenais quelque chose de très 'subjectif' et important. Je n'arrivais pas à décrire ça, ce mal être, comme si j'étais prise dans plusieurs filets que je n'arrive pas à démêler... Et lire aujourd'hui tout un article sur ça, ce truc impalpable qui dure pourtant depuis des années, c'est comme recevoir la réponse d'une bouteille à la mer que j'avais jetée... Merci de prendre en considération ce mal si indéfinissable et qui est pourtant bien présent.

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  5. Anonyme07:11

    Bonjour,
    Très dur (au bord du malaise) de revivre par la lecture ce cauchemar qu'est la relation avec (contre) des parents malades psys... Mon père était un enfant maltraité et il a reproduit une énorme violence psychologique basée sur le rejet, la peur, les actes de destruction (sur objets m'appartenant) et refus de contacts physiques ou affectifs. Ma mère était une grande narcissique dominatrice et perverse, qui projetait son mal être de "mal compensée" (ex enfant archi gatée et compensée par sa mère, le contraire de mon père...). Nous étions les "choses" de ma mère, ses exutoires, ses objets compensatoires tout le temps. Jamais considérées pour nous- mêmes mais pour ce que nous pouvions lui apporter comme services "narcissisants". J'ai compris très tôt (vers 5 ans) qu'elle était dingue et dangereuse, ce qui m'a valu des persécutions d'une violence morale et d'une sournoiserie totale car elle me savait lucide et rebelle. A l'âge adulte évidemment, après un parcours dépressif ininterrompu (j'avais toute la famille à dos, soigneusement désinformée et manipulée par la génitrice), je suis passée aux attaques de paniques, spasmophilie, burn out...Bref, bonjour les dégats!!!
    Je pense que les médecins devraient être formés à repérer la violence psychologique, ainsi que les enseignants. Des injonctions de soins devraient être possibles car les enfants souffrent énormément. Ils "construisent" une personnalité pleine de fragilités et de failles, incapables de confiance, ils vivent dans un isolement intérieur terrible,ils tombent sur des pervers dans leurs relations amoureuses etc...
    Il faut que ça bouge!!!!

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    1. Anonyme23:55

      Quels coneils donneriez vous pour se reconstruire a présent? Merci

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  6. Anonyme23:09

    Bonjour

    Et oui...mais franchement les psys ne sont pas tous à la hauteur, loin de là. J'en ai vu une pendant plusieurs années : elle me culpabilisait et niait une partie de ce que je lui racontais sur mon enfance !
    Et plus tard, dans un divorce difficile, une pedopsychiatre me voyait non telle que j'étais avec ma fille, mais comme on avait été avec moi. Or je n'ai jamais "reproduit"....
    J'avais fini par rejeter les psys.
    Mais un jour, j'en ai vu un autre qui m'a laissée deviner des choses sur mes parents. Il y a un an, j'ai lu au sujet des pervers narcissiques et des manipulateurs. Et là, j'ai reconnu mes parents et me suis demandée pourquoi la première psy à qui je racontais mon enfance ne m' avait pas aidée à les désigner comme tels.
    C'est ce qui me gêne encore aujourd'hui pour déculpabiliser enfin!
    Alors cette lecture et les autres commentaires me font du bien.
    Merci

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  7. Anonyme15:23

    Très concernée par le sujet j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre document complet. Après le divorce de mes parents, j'ai subi deux sortes de maltraitances de la part de ma mère à qui j'ai été confiée par la justice, ainsi que mes deux sœurs : maltraitances physique et psychologique. La maltraitance physique se manifestait par des paires de gifles à chaque instant, des coups de pied, des mises à genoux, des verres d'eau à travers la figure, des enfermements à la cave..., une maltraitance qui ne laisse pas de traces ; la maltraitance psychologique se manifestait par des injures, des humiliations en tête à tête et devant la famille, des interdictions de sortir, d'avoir des camarades, le rejet de toutes manifestations affectives, la privation de la présence de mon père et sa famille, l'obligation d'entendre tout un tas de fausses vérités sur lui et sa famille, des menaces d'aller en maison de correction, de suicide de la part de ma mère... Celle-ci laisse encore moins de traces que la précédente, mais fait davantage de ravages.
    Je m'en sortais par des conduites inadaptées : larcins, agression des passants, sur le plan scolaire difficultés dans les apprentissages par défaut de concentration, évasion dans un monde imaginaire pour me soustraire à celui qui ne me convenait pas... Puis le temps de la culpabilité est venu, la honte et le dégoût de soi, les attitudes timorées, l'absence d'initiatives, la passivité... Et un jour le refus d'accepter, la recherche d'une solution, d'une aide qui passe par le langage, la révélation de la maltraitance à des oreilles plus ou moins sensibles.
    Dans un livre intitulé Les jeudis muets Moi, Fina, enfant du divorce je raconte mon enfance maltraitée, ma grande souffrance de petite fille puis d'adolescente qui se construisait sans amour, le silence, l'indifférence ou l'inertie des adultes, ma sortie de la violence, ma réadaptation progressive.
    Sylvie Hippolyte

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  8. Anonyme09:42

    Comment dire. On ne se remet pas facilement de se genre de situation. Parfois il faut un demi siècle pour comprendre ce qui arrive. Les psychiatres non former vont nous traiter nous, au lieu de traiter les parents. Dans mon enfance, j'ai eu des troubles comme les maladies de peau, estime de moi très basse. J'étais le bouc émissaire. Des spasmes musculaire. Des allergies. Et autres problèmes psychosomatique.

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  9. Suivez les actualités et les informations sur l'espoir de traitement du diabète, ainsi que les conseils pour mieux vivre ... Le pamplemousse un traitement reconnu pour réguler le diabète type 2
    http://traitement-diabete.blogspot.com/

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