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Les Secrets de l'attraction

La nouvelle pause-cigarette au travail

Depuis que le tabac est banni de tous les lieux publics, la pause-clope installe de nouvelles formes de convivialité, souvent choisies, parfois subies. Enquête autour d’un cendrier.

Fumer au travail

Il fut un temps où la pause cigarette n’existait pas. Fumer au bureau ou à l’usine était chose ordinaire. Admise, supportée, vaille que vaille par les non-fumeurs. Epoque révolue : les ex-victimes du tabagisme passif sont en passe de se transformer en victimes… de la nouvelle pause clope, à laquelle ils ne sont pas conviés.

Depuis que l’interdiction de fumer sur les lieux de travail s’est étendue aux bars et restaurants, supprimant le dernier refuge pour les intoxiqués, ceux-ci se cherchent une place dans les creux des plages horaires, aux pieds des immeubles, sur les terrasses. Et plus on les montre du doigt, et plus ils se donnent du mal pour faire de ce instant-là, un moment… chaleureux, envié. Aussi délicieusement transgressif que la clope furtive, jadis, dans les toilettes du collège.

La moindre « taf » demande un peu d’organisation. Elle génère des stratégies qui excluent, de fait, les non-fumeurs. Squatter les bas des immeubles, se cacher pour voler une bouffée interdite par le règlement, se lever subitement et enfiler un manteau, compter les minutes en tripotant son paquet… Ces rites créent des relations nouvelles, des complicités ou des clans, et, souvent, redessinent les groupes au sein de l’entreprise. Ils poussent certains, parmi les plus fragiles des désintoxiqués, à rechuter, y compris à Psychologies ! Passés 19 heures, dans un bureau dont nous tairons le nom de l’occupant, fenêtre grande ouverte, c’est l’heure des « clopines »…

La nouvelle pause ne réunit pourtant pas tous les fumeurs. Loin d’abolir les hiérarchies, elle les complique. Au royaume de la transgression, on ne pactise pas avec n’importe comment avec n’importe qui.

La pause potes

Sylvain, 38 ans, juriste, déclare au moins une pause cigarette par jour. En réalité, il participe à la pause cigarette de ses collègues, sans jamais, lui, s’en accorder une seule. Sylvain est non-fumeur. Ce curieux comportement est tout à fait intéressé. « Faire une pause clope, c’est faire une pause tout court. Si je ne les accompagnais pas, je ne ferais pas de break dans la journée, en dehors du déjeuner. Là, je descends dans la cour 5-10 minutes. Cela me permet de m’aérer ». Même si, admet-il, il est paradoxal d’aller chercher un bol d’air au milieu d’un nuage de fumée. La deuxième raison, la principale selon lui, c’est une théorie qui veut, en gros, que « les fumeurs soient globalement plus cools que les non-fumeurs ».

Sylvain s’explique : « Je ne suis pas loin de penser que les fumeurs,parce qu’ils forment désormais un bastion de la rébellion, ont un petit plus dans la rock and roll attitude. Je note que les gens que j’apprécie dans mon boulot sont plutôt fumeurs » La fausse pause clope de Sylvain s’apparente donc à une pause potes. Les gens avec qui il descend sont, constate-il, ceux avec qui il peut éventuellement aller boire une bière à la sortie du travail. Avec qui il peut discuter « à peu près librement ». En clair : c’est le lieu et l’endroit où l’on passe en revue critique le reste des membres du bureau. « Les costards sont parfois serrés », reconnaît Sylvain qui avoue que participer à une pause-clope, c’est finalement le meilleur moyen d’éviter d’être l’objet de conversations moyennement bienveillantes.

La pause-rechute

Christian est une victime collatérale de l’interdiction. Il a rechuté : « La pause-clope, c’est le moment où tu discutes de façon informelle du boulot, mais où parfois aussi, tu dénoues des situations. Lorsque j’avais arrêté de fumer, j’avais toujours l’impression de rater des trucs. »

Christian est designer dans une société de création de jeux vidéo. Dans cette entreprise de quarante employés, tous des hommes, la majorité a moins de 25 ans. Les fumeurs sont minoritaires et sont les plus âgés ; ce sont donc souvent des « décideurs. L’un des plus vieux (c’est-à-dire presque 40 ans) a une explication sur la proportion remarquablement faible de fumeurs chez ces jeunes créateurs de jeux vidéos.
« Ce sont des garçons qui ont passé toute leur adolescence derrière des écrans. Ils n’ont pas vraiment eu l’occasion de se mettre à fumer pour épater les nanas ou jouer les cow-boys en soirée. » Les intéressés confirment. Leurs addictions à eux, ce sont les jeux, à la rigueur accompagnés de boissons gazeuses et autre junk-food.

Les locaux du studio ont deux étages. L’un est consacré au travail, l’autre à la détente. « Impératif pour les créatifs », résume Marco, l’un des fondateurs de la société. C’est aussi à l’étage détente que l’on fume, sur une immense terrasse dominant la ville, où sont installées chaises et tables dès les beaux jours.
Ici, les pauses, en-dehors des deux heures de déjeuner, sont totalement libres. «Quand on en voit enfiler son manteau, on sait qu’il y une pause clope qui se prépare, ceux qui sont intéressés font pareil et le suivent ». Marco, la trentaine, fumeur donc : « Ca ne pousse pas vraiment à arrêter ».

La pause survie

Lydia a mis une parka sur sa blouse. Elle descend vite tirer quelques bouffées, avant de s’engouffrer dans le couloir menant à la salle de repos, ou elle va prendre un café. La jeune femme avoue ne pas prendre grand plaisir à ces « cigarettes 2 secondes », comme elle les appelle. Caissière dans un grand magasin de centre ville, elle travaille dans le courant d’air permanent des portes automatiques. Durant ses pauses (20 minutes toutes les six heures), elle préfère raccourcir la cigarette s’il fait froid, sauf si une autre addict l’accompagne. « On ne choisit pas nos horaires de pauses, et encore moins avec qui on les prend, ça limite les relations sociales ».

Niveau conversation aussi : quelques minutes, jamais avec la même personne, et souvent avec des filles qu’elle ne connaît pas, et n’a pas le temps de connaître. « On parle du boulot ou du temps ». Elle envie parfois « les gars du service livraison » qui, derrière le magasin, s’en grillent une « quand ils veulent ».
Pour les caissières, la véritable pause cigarette, c’est celle de la fin de service. Celle qu’elles dégustent devant le magasin en avant d’aller prendre leurs bus ou leurs métros. « La journée est terminée. Il n’y a plus personne pour nous chronométrer. C’est l’occasion de parler de nous, de ce qu’on va faire le soir…» Pour Lydia, c’est la meilleure de la journée.

La pause « et plus si affinités »

Dans cette vaste cité d’affaires au nord de Lyon, construite à la fin des années 90, les bureaux ont toujours été no cigarette. Les grappes de fumeurs au bas des immeubles font donc historiquement partie du paysage. La sociologie des clans travailleurs- fumeurs y est d’ailleurs relativement bien organisée. Voir figée.

« On a l’impression que les gens se mélangent parce qu’il y a des employés de plusieurs boîtes qui fument ensemble mais, en fait, il n’y a pas de mélange », remarque Sandrine, employée en sous-traitance pour une grande entreprise gestionnaire d’eau. Avec sa copine Béatrice, elles discutent parfois avec les employés du call-center d’en face lors de leurs pauses cigarettes (10 minutes toutes les deux heures). Rarement, voire jamais, avec les cadres de leur propre entreprise ou d’autres cadres.

« La cigarette, analyse Sandrine, c’est fait pour discuter, et tu discutes avec des gens avec qui tu as des trucs en commun. ». Sandrine et Béatrice sont devenues amies grâce aux pauses nicotine. Elles affirment que certains vont beaucoup plus loin à partir d’une simple pause-cigarette. « J’ai vu des couples se former », assure Sandrine, qui ne mange pas de ce pain-là. Les employés d’un grand opérateur de téléphonie sont paraît-il connus pour leurs techniques de drague nicotine. « Ca commence généralement par des cigarettes ou du feu qu’on se taxe, pour engager la conversation. Ca se poursuit en se donnant des rendez-vous «pause-cigarette » à heures fixes. Entre les tours, il y a toujours moyen de s’éloigner et de s’isoler un peu. »

Sandrine et Patricia rentabilisent au maximum leur break: deux cigarettes au moins en dix minutes et pas un temps mort dans la conversation. « On a un boulot assez stressant, on répond aux appels des clients et nous sommes en permanence écoutées par nos chefs, donc on ne peut pas se parler. Alors, la pause cigarette, c’est le moment de tout lâcher », raconte Patricia.

Dans leur société, les non-fumeurs ont aussi droit à 10 minutes de pause toutes les deux heures, la plupart restent à leurs postes, devant leurs ordinateurs, à relever leurs mails ou à lire. Tout seuls…

La pause hypocrite

Stéphanie, 36 ans, avocate, affirme d’emblée qu’elle n’est pas concernée par les pauses cigarette. Cela fait bien longtemps, trois ans peut-être, que personne ne brave plus l’interdiction de fumer dans son cabinet. Le « mouvement de repli des fumeurs » daterait d’une grossesse parmi le pool des secrétaires.

Dans cette entreprise spécialisée dans le droit des affaires, les avocats disposent chacun d’un bureau fermé, et les secrétaires, sont en open-space. « On ne fume donc pas ». Stéphanie parle du respect des autres salariés. Du respect des clients, aussi. « Bon, en fait, le soir, quand je travaille tard, je m’en grille une toute seule dans mon bureau. Mais j’attends qu’il n’y ait plus de personne et j’aère après », reconnaît-elle, comme pour atténuer l’odeur du pêché. Quelques minutes après, Stéphanie ouvre encore d’un cran la vanne des aveux. Elle explique d’une voix basse coupable qu’un de ses associés dispose d’un bureau à l’étage, plus isolé, et qu’il y fume cigarette sur cigarette. « Il m’arrive assez souvent de décrocher mon téléphone pour savoir si je peux venir le rejoindre, histoire qu’on s’en fume une discrètement ». Elle évoquerait une relation adultère qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

Elle reconnaît que le fait d’être associée dans son cabinet, (c’est à dire libérale et non pas salariée) change beaucoup les choses. « Je suis relativement libre. Et dans la mesure où je ne gêne pas les autres salariés…». Une des secrétaires descend plusieurs fois par jour en bas de l’immeuble pour fumer. Stéphanie, jamais. « Moi ? Une clope, en bas, dans la rue ? Non, honnêtement, je m’y verrais pas. Je préfère m’abstenir ».


Vrai/Faux

Vrai/Faux sur la cigarette au travail

Nous avons demandé au professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue, et président de l’Office français de prévention du tabagisme (auteur de Travailler sans tabac, Ed. Margaux-Orange 2007), de réagir à quelques idées reçues sur le tabac en milieu professionnel.

Fumer permet de se faire des amis
Vrai et faux. Les fumeurs sont souvent plus avec des fumeurs et les non-fumeurs avec des non-fumeurs, c’est un fait. Chacun peut faire le test avec ses trois meilleurs amis. Si vous êtes fumeurs, il y a de fortes chances qu’ils le soient aussi. Après, est-ce la poule qui fait l’œuf ou l’inverse ? Je ne sais pas. Fumer donne l’occasion de rencontrer des gens, cela crée une solidarité, surtout dans des conditions difficiles, comme le froid au bas des immeubles. Mais cela isole aussi. Les fumeurs évitent, consciemment ou pas, de se rendre chez certaines personnes ou dans certains lieux où ils ne pourront pas fumer.

L’interdiction de fumer au travail crée des frustrations
Faux. L’interdiction totale est moins génératrice de souffrances que l’interdiction partielle. Dès qu’un fumeur sait qu’il a une possibilité, même compliquée, pour fumer, son cerveau va se mettre en position de chercher à fumer cette cigarette. Interdire totalement est la meilleure façon de supprimer le besoin.

Fumer destresse
Faux. S’il est vrai que que fumer donne l’impression aux fumeurs en manque de nicotine de calmer leur stress, chaque cigarette multiplie leurs récepteurs à la nicotine et prépare un nouveau manque dans l’heure qui suit. Parce qu’il s’agit d’une drogue, le tabac induit une dépendance qui va à l’encontre d’une diminution du stress.

Arrêter de fumer provoque des troubles de concentration et nuit à la productivité
Faux Il est vrai que durant l’arrêt, les performances peuvent baisser, surtout s’il n’y a pas de substitution ou de traitement correct. Mais, à terme, des études ont prouvé le contraire. Les ex-fumeurs gagnaient en productivité après l’arrêt.

Les fumeurs sont plus cools que les non-fumeurs
Ni vrai ni Faux… C’est une impression liée à l’âge ! Il y a désormais peu de fumeurs de plus de 45 ans. Si vous fréquentez des fumeurs, ce sont certainement des gens entre 25 et 45 ans, donc peut-être « plus cools ». Cela changera. Car les plus jeunes, les collégiens d’aujourd’hui, vont certainement moins fumer.


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